Interview de Suerte par Isa Edoras-2014

Suerte est désigné slameur du mois à Reims en septembre 2014. À cette occasion Isa Edoras l’a interviewé pour les ateliers slam.com

1/ Qui es-tu ?

Qui je suis ? Je peux être fanatique et blasé mais aussi un frénétique raisonné, utopiste mais réaliste, un fantaisiste réfléchi, un joyeux mélancolique, penseur hérétique ou universel. Je suis le yin ou le yang à l’état pur, les deux extrêmes, je suis l’homme et la femme, l’ange et le démon. Une sorte de caméléon qui s’adapte à tout en toutes circonstances… J’essaye d’être en accord dans ma vie de tous les jours avec ce que j’écris, du moins j’essaye au possible. C’est le rôle d’un poète je pense d’être cohérent. J’essaye de ne pas parler trop de moi dans mes textes même si il y a toujours une part de nous dans nos écrits. Nous sommes avant tout les témoins de notre époque et on se doit de dénoncer des choses. Sans faire le moraliste ou le bien-pensant de service bien entendu mais en essayant d’éveiller les consciences. Mais il est bon aussi parfois d’écrire des choses plus légère, l’auditoire a le droit de se détendre aussi.

Ce que j’aime dans la vie ce sont les gens simples, les belles rencontres, voir les gens heureux ce qui forcément rend plus heureux. Ce que je déteste le plus au monde c’est l’injustice et l’hypocrisie. Ma plus belle réussite, mon fils…

2/ C’est quoi le slam pour toi ?

Pour moi le slam est le courant poétique du 21ème siècle car même si ce terme est réducteur et voudrait dire que le slam est un style prédéfini (seul les règles le sont). C’est un courant qui réunit toutes les formes d’expression poétique, on peut croiser sur une même scène des slameurs, des conteurs, des rappeurs, des chanteurs etc. C’est une sorte de tremplin pour tous les genres d’où émergent certains talents. Mais c’est avant tout un endroit de partage où les gens viennent se raconter ou échanger sur de nombreux sujets. Chacun est unique et a sa personnalité mais nous ne sommes pas si différents les uns des autres. Nous sommes des êtres pourvus des mêmes sentiments, l’amour, la haine, la colère, la joie… Ce qui donne parfois l’impression d’appartenir à une grande famille.  On y rencontre des gens de tous horizons, de toutes générations, d’univers et de styles différents. Et même si parfois comme dans toutes les familles il y a quelques chamailleries ce qui est rare, il y a quand même une grande tolérance et un profond respect les uns envers les autres. Qu’on le veuille ou non le slam est une thérapie de la vie…

3/ Quelles sont tes sources d’inspiration ? Comment te viennent tes idées de texte ?

Mes sources d’inspiration je les puise dans la vie de tous les jours, dans mon quotidien. Parfois il y a des choses qui me révolte dans notre société alors je les couche sur le papier. L’écriture est une forme d’exutoire. Parfois se sont tous simplement des rencontres qui me donne envie d’écrire pour les immortaliser. Parfois une simple ballade, des idées qui jaillissent en pagaille. Ou encore simple délire en entendant une chanson il m’arrive de la réécrire à ma façon sous forme de pastiche, exercice qui consiste à la différence de la parodie d’imiter une œuvre en s’en rapprochant le plus possible.

4/ Le slam, tu le préfères avec ou sans notes ?

Le slam avec notes est une forme de pléonasme puisque le slam est avant tout un chelem de poésie donc noté, je n’ai rien contre puisqu’il s’agit avant tout d’une joute oratoire et qu’il peut sublimer le slameur qui se prend au jeu. Mais il est vrai que pratiquer cet art dans des scènes ouvertes sans note que la majorité s’accorde a appelé « spoken word » peu parfois libérer d’une certaine pression qu’impose les tournois. Les deux ne sont pas incompatible…

 5/ Comme tout slameur, tu dois avoir un truc à dire en plus, non ?

Faut pas me dire ça à moi je vais t’écrire un roman sinon…

Comme dans la plupart de mes textes j’aime donner de l’espoir, je citerais donc une phrase d’Oscar Wilde qui me tient à cœur « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ».

En fait la vie devrait être aussi simple que cette citation d’Ernest Hemingway : « Soyez amoureux. Crevez-vous à écrire. Contemplez le monde. Écoutez de la musique et regardez la peinture. Ne perdez pas votre temps. Lisez sans cesse. Ne cherchez pas à vous expliquer. Écoutez votre bon plaisir. Taisez-vous »

Je vais maintenant me taire et l’appliquer… 

Ah oui une dernière chose « À vouloir être trop libre on s’enferme soi-même ». Ça c’est de moi !

Et sinon comme je n’aime pas me taire, MDR le mec qui ne s’arrête plus, n’oubliez pas de vous indignez de temps à autre hein !!!

6/ Un petit texte :

Paranoïa, tic-tac tic…

Voilà que dans ma tête résonne l’hallali,

Depuis fort longtemps je souffre d’hérésie,

Faut que je cesse ma parano y a un hic

Tic-tac tic, tic-tac tic…

Je suis harassé jusqu’à ne plus supporter l’idée

D’être formaté, lobotomisé, fiché et surveillé,

Les réseaux sociaux me rendent asocial,

L’encéphale abruti, suis-je devenu un cas social ?

Société de consommation, toujours consommer,

Consumant à petit feu notre espace vital,

Publicité, crédit conso et autres cartes de fidélité,

Mais comment arrêter cette spirale infernale ?

Faut que je cesse ma parano y a un hic

Tic-tac tic, tic-tac tic…

Allons mes amis surfons sur la vague,

Là où l’humain se montre le plus exécrable,

Bien entendu sous un pseudo, derrière un hashtag

Nous sommes forcément moins repérables,

Et oui, le net est devenu un grand défouloir

Pour la plupart des grands frustrés notoires,

Après tout ne sommes-nous pas en démocratie ?

Chacun est libre de ses actes, de ces ignominies,

Faut que je cesse ma parano y a un hic

Tic-tac tic, tic-tac tic…

Allons mes amis, si nous jouions un peu ?

Vous allez voir c’est très simple, un poil vicieux,

Il suffit d’être vil, insensible et surtout méprisant,

Il faut soi-même être exempt de tout reproche,

Mais vous l’êtes bien sûr, alors rien de plus fastoche,

Et puis à plusieurs c’est tellement plus marrant,

Méprisons les morts, insultons les vivants, c’est agréable !

Le but est de pousser les vivants à commettre l’irréparable,

Faut que je cesse ma parano y a un hic

Tic-tac tic, tic-tac tic…

Le net est un grand océan où les surfeurs y côtoient

Le grand requin blanc ainsi que des bulots et des crustacés,

Heureusement que dans toute cette mélasse on entrevoit

Quelques étoiles de mers, sirènes ou cétacés.

Y ‘en a assez, le bateau ivre va bientôt sombrer,

Assombri par la nuit dans un monde d’illusions,

Un monde manquant de compassion et d’humilité,

C’est à nous qui sommes « éveillés » d’y faire allusion,

Faut que je cesse ma parano y a un hic

Tic-tac tic, tic-tac tic…

Je ne pense pas que ces nouveaux moyens d’échanger

Soient forcément des lieux totalement dénués de sens,

Je pense simplement qu’un outil mal utilisé peut blesser,

Qu’en se laissant absorber, la raison meurt en silence.

Sommes-nous les esclaves de nos consciences ?

Revenir aux sources suffirait-il à faire évoluer les mentalités ?

J’ai connu une époque où il y avait des valeurs même dans l’insolence,

Où la stupidité s’étendait rarement en dehors des cours de récrées,

Faut que je cesse ma parano y a un hic

Tic-tac tic, tic-tac tic…

On parle de changement, mais le changement

Ne serait-il pas de revenir aux fondamentaux ?

Cessons de nous perdre dans ce matérialisme ambulant,

Déambulons, déconnectons, reconnectons nos lobes frontaux,

Élevons nous ensemble, ne tombons pas dans le pessimisme,

Insufflons à l’âme humaine un ouragan d’idéalisme

Tic-tac tic, tic-tac tic…

SUERTE

Publié par romanitosuerte

Autodidacte, poète, auteur, photographe, généalogiste. J'aime l'art, j'aime le beau en général. Le beau n'est pas toujours là où l'on croit. Le beau est partout parfois même il se cache... Je suis fasciné par les génies, les cabossés, les pirates, les écorchés, ceux qui ont des bleus à l'âme avec un cœur empli de flammes !

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